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bad blood (amy)

le Dim 12 Aoû - 17:12
c'est l'alarme de son portable qui le tire d'un sommeil trop court dans une piaule trop vaste. ash ouvre difficilement les paupières dans une pénombre bienvenue et reconnaît le luxe feutré et indécent de l'hôtel où il aime échouer quand il a besoin de plus que sa petite gueule d'amour pour baiser une nouvelle conquête aussi vite oubliée que consommée. quatre cent dollars la nuit putain, débités sur un compte en banque en plein naufrage, qui tire sévèrement la gueule depuis qu'il est incapable de freiner ses dépenses ou d'écrire une foutue ligne. lorsque le soleil chasse l'ivresse, il regrette ash, d'être un connard qui vit au-dessus de ses moyens, de ne pas parvenir à se défaire de ses habitudes élitistes de petit artiste gâté, désireux de rattraper vingt piges de privations, de se gaver de vie jusqu'à en crever et qu'importe les conséquences. son portable retentit à nouveau et il le fait taire d'une injure, alors que les draps bruissent à proximité. le problème des lits king size aux matelas divins, c'est qu'on en oublierait presque les corps chauds encore alanguis. la silhouette émerge et il ne lui jette même pas un regard avant de s'enfermer dans la salle de bains. j'ai pas le temps pour ça, ma nana m'attend. c'est faux, un énième mensonge glissé avec un détachement cruel, mais les egos froissés ont tendance à se renfrogner et c'est exactement ce qu'il désire : la putain de paix.
ce à quoi il s'attend moins en sortant de la douche, plus ou moins présentable, c'est au poing vengeur qui vient crever sa lèvre alors qu'il quitte tout juste la salle de bains. mais t'es qui toi putain ? crache-t-il en épongeant le pourpre de sa manche immaculée, avant de viser l'arcade rageusement pour faire pisser le sang. la nana s’époumone face à ses coups qu'il est incapable de retenir, dopé à la mélodie de la chair meurtrie sous ses phalanges. ash n'entend rien, dégueule sa haine sur la gueule de ce type supposé défendre l'ego abîmé de sa gonzesse, et se libère de tout ce qui fait mal. de sloane, le détonateur juste à côté du coeur qui a fait exploser sa bombe humaine en un seul battement de cils. la fille hurle qu'elle va appeler les flics, et ça suffit à stopper ash, hagard, à bout de souffle, apparemment capable d'esquinter les reins et les gueules à moins de douze heures d'intervalle. ce n'est pas tout à fait sa faute, les plans à trois finissent mal en général.
lèvres et poings en sang, il se casse, ses fringues souillées par les effluves d'alcool de la veille et des constellations vermeilles de ce matin. visage défait, cerné et ensanglanté, il fait peine à voir à errer les rues, à quitter les beaux quartiers pour rejoindre les bas-fonds de son squat minable. un squat putain, entouré d'illuminés tous plus destroy les uns que les autres alors qu'il y a encore trois mois, il baisait sloane dans n'importe laquelle des quatorze pièces de la villa qu'il louait. bordel. rien que de penser à elle attise son vague à l'âme et le goût métallique de son propre sang en bouche comme flamme pour alimenter son ras-le-bol constant, le spleen organique d'une existence chaotique. il étouffe, ash, écrasé par un sentiment mêlé de colère brute et d'impuissance et putain, il a besoin d'un verre. non, d'une bouteille. et d'une nana. n'importe quoi pour chasser les émotions contraires qui l'assaillent, tout pour continuer à vivre les yeux fermés. il ne s'est même pas changé, loin de revêtir ses apparats de dandy lettré qui ne font qu'à peine illusion. il porte le cuir des mauvais jours sur sa chemise de la veille froissée et les rétines pourpres de celui qui cherche à en découdre.
c'est dans le premier bar à sa portée qu'il échoue comme un naufragé, à même pas midi. un taudis chichement éclairé rempli de fauves imbibés à l'air mauvais. il se sent à sa place, au royaume des ombres. démarche souple, magnétique, et muscles bandés, il fend la foule d'ivrognes pour atteindre le comptoir et se laisser choir sans un regard aux âmes en perdition à ses côtés. on lui tend d'emblée un précieux liquide ambré et ash accepte son poison comme une délivrance, main tendue vers les profondeurs asphyxiantes. l'arrogance au bord des lèvres. il sourit, le con, comme s'il était ravi d'être là, au milieu de la lie de ce monde, des oubliés, des inadaptés de tous horizons. les verres s'enchaînent, le sang sèche à la commissure de ses lèvres mais la tension insidieuse persiste à grimper en lui. il est ivre, se noie dans sa douleur et cherche à provoquer le naufrage. fébrile, ash tâte ses poches à la recherche de son téléphone, de tinder, d'une âme en peine à saccager en essayant vainement de s'y raccrocher. putain. il l'a laissé là-bas, dans cette piaule qu'il loue dès que sa colocation est trop pesante, dès qu'il a envie de leur refaire le portrait à eux tous, ces mauvaises graines qui persistent à se battre et à se maintenir à flots quand il en est bien incapable.
il en aurait presque la boule au ventre, en pénétrant plus loin dans les abysses. ash, qui consomme et consume, n'a jamais fait ça. payer pour niquer, profiter des échoués de la société, de ceux qui sont partis si loin que plus personne ne peut les atteindre, leur tendre une main. il devine le business dégueulasse qui se cache derrière les cuisses qui s'écartent, soupçonne les nanas de ne pas être toutes libres, consentantes, maîtresses de leur destin, aussi merdique soit-il. les putes, elles ne sont apparues qu'au sein de certains de ses bouquins, en filigrane, des portraits étrangement nobles pour des filles de rien. mais jamais chez lui. c'est un connard aviné qui lui a filé l'idée et dans son esprit noyé de whisky, ça semblait cohérent. peste ou choléra, trouver la force de lever une nana dans son état ou aller chercher un abandon tout désigné, il faut choisir. et comme à son habitude, ash a choisi le dérapage incontrôlé. il s'avance dans ce taudis, près de son propre taudis à lui, et les silhouettes faméliques se rapprochent. le reste est un peu flou. il ne sait plus vraiment qui l'a guidé dans cette piaule saturée d'humidité, au matelas défoncé, en lui disant qu'une fille allait arriver. qu'elle finissait de prendre une douche. il n'a pas posé de question, pas gêné à l'idée de passer après quelqu'un, lui friand des plans à plusieurs. putain, ce qui le débecte, c'est l'idée de payer et d'être une espèce de punition pour une nana qui a sans doute déjà avalé des kilomètres de queue avant midi. elle arrive, et derrière le filtre flouté de ses prunelles, la mécanique de son coeur s'enraye et se glace. une main fantôme, tendre et lointaine, se referme sur son palpitant alors que la fille s'avance. elle est belle. trop belle pour être brisée par la vie mais elle a la beauté douloureuse, nostalgique, proche d'un portrait chéri, puis haï. l'abandon originel. pas celui de parents inconnus, non. le sien. celui de son phare dans la tempête, de l'oisillon recueilli, protégé, aimé jusqu'à ce qu'il écarte ses ailes pour se barrer loin de lui.
elle ressemble à amy.
à aucun moment, ash ne se dit que c'est elle. ça n'a pas de sens, aucun sens. amy elle est partie la rage au ventre et l'envie de bouffer le monde entier. amy, elle voulait plus que ce qu'il pouvait lui offrir à l'époque, plus que lui. rien n'était suffisant, à mesure que l'ange s'effaçait au profit de la furie. amy, elle n'aurait jamais fini ainsi, dans la lie de l'existence, à esquinter ses reins pour survivre. amy, il lui a pourtant toujours rêvé des trajectoires merdiques, loin de la sienne. il avait besoin de l'imaginer caissière emmerdée par les petits vieux, maman de trois gamins vagissants aux prises avec un mari abusif. il avait besoin de souiller la tendresse ineffable qu'il lui portait, de ravager ce qui lui avait tant plu, de chercher une justice : elle l'avait quitté sans un mot pour ne rien accomplir, là où il avait réussi sans même le vouloir. sauf que jamais il n'aurait pu aller aussi loin. car au fond, loin dans les ténèbres, demeure une once de loyauté à son égard, suffisante pour ne pas lui souhaiter une destinée aussi terrible.
mais la ressemblance frappante suffit à le torturer, à gommer sa bestialité parce qu'il ne veut pas blesser cet ersatz d'amy. j'suis désolé, c'était une mauvaise idée. il s'écarte de ses courbes enchanteresses trop découvertes, pose ses rétines saturées de noir et de pourpre loin d'elle, loin de ses traits, loin de ce corps dénudé. tu ressembles à une fille que j'ai connue. j'peux pas. il voudrait lui dire qu'elle ressemble à une connasse qui l'a brisé, et qu'il lui ferait mal en retour. qu'il ne veut pas l'esquinter davantage et qu'il est désolé d'être de ces mecs là, ceux incapables de faire taire leurs bas instincts même devant la misère. mais y a rien qui sort, seulement l'alcool pour ensuquer sa langue et tromper ses sens.
parce que c'est bien amy qui se tient là, au milieu de ce trou à rats.



†  there's untamed electricity coursing through his veins, and it shocks you when you kiss him. but my god, it's worth the pain.
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Re: bad blood (amy)

le Lun 13 Aoû - 22:12
la nuit se couche sur les hauteurs de la californie. l'état doré est dépourvu de son halo de lumière et bientôt, les étoiles se contenteront d'éclairer le ciel. mais long beach ne meurt jamais. il ne fait jamais trop sombre. à chaque jour de nouvelles couleurs. les phares des voitures font briller le bitume, les lampadaires dessinent des ombres au travers les palmiers. tout est beau. tout est paisible. le quartier n'est pas forcément animé ce soir. au loin, on peut évidemment entendre des jeunes rirent à gorge déployée. le chant des oiseaux est remplacé par le murmure des hiboux et autres animaux de la nuit. amy ne fait pas forcément attention à tous ces petits détails. trop absorbée par la musique qui résonne dans ses oreilles. les écouteurs en place, elle bouge la tête au rythme du son qui fait vibrer ses tympans. elle vit ici depuis plusieurs semaines maintenant. la ville n'a plus aucun secret pour elle. du moins, elle ne sent obligée de faire comme si chaque jour était important.
parce que aujourd'hui est comme hier. parce que chaque nuit se ressemble. chaque instant, sa haine envers la terre entière grandit. son âme se nourrit de la noirceur que la populasse a à lui offrir. sourire aux lèvres pour tromper les apparences. le majeure qui se lève lorsque, perdue dans ses pensées, un connard ose la klaxonner. elle reprend ses esprits. ses pieds heurtent le sol avec détermination et ses lèvres se pincent. inspiration profonde pour ne pas perdre patience, sortir de ses gonds. elle reste calme la gamine. parce qu'elle sait que ça peut aller très vite. trop vite.
elle a assez de problèmes dans les pattes amy. faut pas qu'elle s'attire de nouveaux ennuis parce qu'elle n'est pas capable de tourner trois fois sa langue dans sa bouche avant de l'ouvrir. de toute façon, c'est son taff. répondre oui à chaque demande. faire de vos fantasmes une réalité. acquiescer au moindre commentaire et ce, même s'il est déplacé.
arnaud il gueule ce soir. parce que la môme, elle n'est pas à l'heure. deux heures de retard. des clients qui ont du être refilés à d'autres filles. des collègues mécontentes d'avoir du faire son job. à croire qu'elles ont mieux à faire. amy, elle écoute que d'une oreille les reproches qu'on peut lui faire. tirant une nouvelle taffe sur la clope empruntée à marc, elle lève les yeux au ciel d'un air abusé. le gars la regarde en souriant. le boss lui, il est pas coutent et l'attitude de gosse pourrie gâtée qu'elle arbore ne résout rien. alors amy, elle finit par promettre de se rattraper. parce qu'elle sait pertinemment qu'elle a besoin de ce fric autant qu'arnaud a besoin de voir sa gueule au quotidien. parfois amy, elle se dit qu'il mérite juste qu'elle lui foute un coup de pied dans les couilles avant de se barrer en courant avec tout le pognon qu'il lui pompe. mais, ça serait dégueulasse. et elle ne peut pas le se permettre. alors, quand il lui demande d'aller rejoindre un client dans une chambre, elle ne rechigne pas et s'exécute.
elle retire son pull over size pour laisser apparaître un simple body. body noir en dentelle qui se marie à la perfection avec la paire d'escarpins rouge carmin qui souligne sa fine silhouette. gloss cerise sur les lèvres, elle pénètre dans la pièce. elle s'avance dans la nuit, amy. elle marche doucement en direction du petit nouveau. elle tente de faire abstraction de ses traits. professionnalisme avant toute chose. son cœur bat à tout rompre. il pourrait briser sa cage thoracique d'un instant à l'autre. mais elle reste focus parce qu'il y a de l'argent à la clé. parce que c'est son job, aussi.
pourtant, son coeur lui dit d'arrêter, de faire demi tour. sa tête force, quitte à gronder sur tous ses autres sens. et ses bras rêvent de l'encercler tandis que son corps tout entier ne souhaite d'une chose, qu'elle se laisse aller et s'abandonner à ses côtés. pourtant, ce n'est pas lui. ça ne peut être lui. parce que ash, il est loin. ash, il est resté là-bas quand la jeune fille a pris ses jambes à son cou. ash, elle l'a lâchement abandonné amy. alors, il ne peut pas être là. pourtant, le type, il semble aussi hésitant. le gars, il dit que c'est une mauvaise idée. elle pourrait se vexer la gamine seulement, elle a entendu cette phrase une centaine de fois déjà. alors, elle continue, elle se rapproche de plus belle. tellement qu'elle pourrait sentir son souffle contre sa peau. mais, ce n'est pas le cas. parce qu'elle se fige lorsqu'il ose confier qu'elle est commune à cette fille. cette fameuse fille du passé. ce fantôme qu'il rêve surement de brûler. cet ange déchu qui s'est cramé les ailes en plein vol. je ressemble à amy ? qu'elle finit par demander. d'une petite voix à peine audible. tel un murmure qui se perd dans les airs alors que le jeune homme refuse de lui adresser ne serait-ce qu'un regard. qu'est-ce que tu fais ici ash ? elle tente de rester calmer. elle n'a pas envie de montrer l'océan de sentiments qui se bousculent dans son corps. elle n'a pas envie de faire remarquer que des picotements se promènent sous chaque parcelle de sa peau depuis qu'elle a osé poser les yeux sur lui. putain de situation.
stupide coïncidence.
saloperie de destin.

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